Histoire de l’Eglise de Loué

Église de Loué

Les anciens Actes des Évêques du Mans font mention de l’église de Loué, Loiacum. Il. est rapporté que les chanoines de la Cathédrale la cédèrent à Avesgaud, évêque du Mans de 994 à 1035. Mais dès le milieu du XIe siècle, elle appartenait aux bénédictins de la Couture du Mans, qui fondèrent, tout à. côté, un prieuré de religieux de leur Ordre. Église et prieuré portaient le nom de Saint-Symphorien.

C’est de cette époque, des XIe et XIIe siècles, que datent les parties primitives du chœur, et, croyons-nous, de la grande nef. Il en est de même de la tour du clocher, qui abrite la sacristie (où les murs ont jusqu’à 1,60 m d’épaisseur). D’importantes modifications, il est vrai, ont été apportées, depuis, au chœur et à la nef, que nous décrirons tout à l’heure ; à la sacristie, qui ne manque pas non plus d’un certain cachet ; et au reste de la tour, dans laquelle, depuis le siècle dernier, quatre cloches chantent leur joyeux carillon aux principales fêtes.

 Au siècle dernier également, alors que Loué comptait plus de 2.100 habitants, deux nefs collatérales, plus basses, furent ajoutées à la nef ancienne, ainsi qu’une tribune au bas de ces trois nefs. Au milieu de la tribune, on construisit un orgue dont les connaisseurs sont unanimes à faire l’éloge. !
Avec ses arceaux, ses fenêtres et ses voûtes en plein cintre, l’édifice, malgré les transformations qu’il’ a subies, se rattache au style roman. Seules les deux chapelles, avec leurs nervures et chacune leur fenêtre en ogive, sont du XVe siècle, mais se relient aisément avec le tout. Celle de droite, au sud, a été élevée par les religieux bénédictins. L’autre est due aux bénédictines de l’abbaye d’Etival-en-Charnie.
L’église de Loué, il faut l’avouer, n’était pas belle. Elle ne pouvait le devenir  qu’au moyen de peintures. En 1902, M. le chanoine Abadie, alors curé, fit peindre très Joliment le chœur. La suppression des meil1eures ressources de la Fabrique par la 1oi de Séparation empêcha – et semblait devoir longtemps empêcher – de peindre les trois nefs.

Il s’agissait, en effet, de couvrir une surface de 1.200 mètres carrés, de trois couches de fond et d’une couche décorative. Il fallait, auparavant, dresser un énorme échafaudage roulant, dans la nef centrale, et deux autres, dans les nefs collatérales ;  brosser les murs malpropres; refaire une partie des enduits:
L’entreprise, rendue plus difficile encore par l’augmentation des prix, mais recommandée au Sacré-Cœur et à la Sainte Vierge, devint grâce à eux réalisable.
Un appel fut adressé aux paroissiens, pour embellir la maison de Dieu, qui est aussi la leur, la maison de leurs plus précieux souvenirs, celle où ont prié les ancêtres et où prieront un jour les petits-enfants.
La souscription fut magnifique. Elle s’augmenta encore, et il le fallait bien, pour achever la chapelle de la. Sainte Vierge. Deux listes d’honneur conserveront dans l’église; pour l’édification de la postérité et la joie des lignées familiales, les noms de ceux qui ont donné au moins un mètre de peinture, estimé à vingt francs. La discrétion a obligé de rendre ces listes beaucoup trop incomplètes. De plus, il eût, fallu marquer  les offrandes moins considérables, quoique peut-être aussi méritoires ; mais il était nécessaire de se borner. Heureusement, Dieu connaît tout !
Les travaux, commencés en juin 1922, viennent de se terminer, aux premiers mois de 1923. L’artiste manceau, M. Gaston Muller, qui, jeune homme, avait largement contribué, en 1902, à la première partie de l’œuvre; a conduit la seconde avec toute la maturité de son talent, fait à la fois d’imagination brillante et de raison sûre, soucieuse des règles de l’art.
Les tons ont été choisis lumineux et chauds, parce que l’église, par elle-même, est sombre, et donnait plutôt une impression de froid. Aussi l’édifice, qui paraissait auparavant assez peu architectural, semble l’être devenu, maintenant que la peinture souligne chaque trait et met en relief chaque détail d’architecture. Par les journées ensoleillées, et, mieux encore, sous l’éclairage électrique, c’est une richesse et une splendeur.
De nouvelles générosités, en effet, dues pareillement au Sacré-Cœur, ont permis d’ajouter l’éclat de l’électricité à celui des peintures. Un tableau, placé à la sacristie, commande, par des fils courant au-dessus de la voûte, à près de 120 lampes; qui, aux grandes solennités, projettent leurs feux à travers l’église, mais surtout autour de l’autel, faisant alors valoir les moindres décors (1).

« Car L’ennui naquit. un jour de l’uniformité, »  On voit des monuments peints qui offrent un peu partout les mêmes motifs de décoration. Le plan, ici, a été de varier les motifs, sans rompre l’unité, mais de manière que l’intérêt fût à chaque pas renouvelé.
Dans les anciennes églises peintes, on aperçoit des inscriptions, des symboles – parfois compliqués – des médaillons, des tableaux. Une église doit instruire et édifier; il est bon qu’elle soit un paradis, non seulement des yeux, mais de l’intelligence et du coeur. Les yeux, du reste, n’y perdent rien, au contraire. Il fut donc décidé que l’église de Loué aurait ses inscriptions, ses symboles, – mais simples et faciles à comprendre – ses médaillons, ses tableaux. Ses murs sont un peu comme les pages enluminées des manuscrits du Moyen-Âge, où, au milieu de multiples dessins aux couleurs vives, apparaissent quelques figures et se lit un texte d’une ou de quelques phrases seulement. Inscriptions et figures sont ce qui attire et retient le plus l’attention des visiteurs. La piété y trouve son aliment, non moins que la curiosité. On réfléchit et on prie, pendant, qu’on visite l’église, et durant les offices, et on emporte de bonnes pensées qu’on n’oubliera plus.
L’idée dominante, quoique non exclusive, qui a présidé aux  travaux récents, a été d’imprimer à l’église un caractère nettement eucharistique,  à la gloire du Sacré-Cœur dans son Sacrement d’amour. Aussi bien est-ce à lui, en même temps qu’à saint Symphorien, que l’église est dédiée.

(1) Il convient de bénir la Providence d’avoir permis, en outre, la construction d’une sal1e paroissiale.